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Ales, un court métrage écrit et réalisé par Faiçal Ben

 

Quelles sont les significations et symboles du titre du film ? 

« Ales », signifie être humain en Amazigh. Si j’ai nommé la petite fille du film « Ales », c’est pour suggérer l’universalité du sujet traité. 

Afin de rendre mon propos accessible à tous, j’ai par ailleurs fait le choix de baser la narration du film en huit clos principalement sur l’image et les effets sonores, avec très peu de dialogue. L’objectif est de faire entrer le spectateur dans la souffrance engendrée par l’abus sexuel d’un enfant, et dans le caractère insoutenable d’une vie entière passée à porter ce fardeau dans le silence. 

Au-delà du thème, le film est aussi chargé de représentations culturelles Amazigh que j’ai hérité de ma grand-mère maternelle. 

Si je souhaite que l’interprétation des symboles utilisés reste libre pour tout un chacun, il ne vous aura pas échappé les références à la colombe, synonyme de paix et d’espérance mais pourtant témoin muet du drame ; à la tortue qui signifie la lenteur de la justice ; aux papillons qui perdent leur couleur et se désintègrent en même temps que s’envole l’innocence de l’enfant ; ou encore à l’arbre olivier, objet sacré dans nos cultures, qui meurent en même temps qu’il a grandi… 

Entre rêve et réalité, le film revisite également les rites sacrificiels et de purification par le sang, et les pactes de protection par le lait qui m’ont toujours fasciné, et suggèrent le processus de justice rendue.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à faire ce film ? 

Au Maroc, même si les chiffres ne sont pas viables tant beaucoup de violences sont passées sous silence, une cinquantaine d’enfants par jour seraient victimes d’abus sexuels, et pourtant le sujet reste un tabou. 

J’ai choisi d’en parler d’abord pour rappeler l’ampleur de cette réalité malgré le peu de témoignages et le manque de pouvoir de défense de ces victimes dans notre pays, et que cela peut arriver à n’importe qui, n’importe où et n’importe quand. 

J’ai voulu aussi montrer à quel point il est difficile de se reconstruire suite à un tel traumatisme et quel impact cela peut avoir sur la psychologie et la vie d’un être humain. 

En filigrane, je questionne notamment pourquoi une mère peut garder pour elle un tel drame par peur, et qu’est-ce qui conduit ces nombreuses femmes à porter ce traumatisme dans le silence pendant toute une vie. 

Si je reconnais que les médias osent de plus en plus de parler de cette dérive sociale et que notre système juridique et pénal est en train d’évoluer, le viol, et encore plus la pédophilie, restent malheureusement tabous. 

Et ce constat va bien au-delà de nos frontières. 

Est-ce que la femme peut se libérer de la douleur et du fantôme de celui qui l’a agressé un jour?

Je pense sincèrement que non. Même si des milliers de femmes portent ce lourd fardeau pendant des années comme Ales dans le film, il est très difficile de se relever un jour du vol de son propre corps et de son innocence d’enfant. 

Le sens de la trajectoire de femme que je montre dans le film n’est pas de dire que l’on peut oublier ou pardonner un tel acte. Au contraire, c’est un appel à la justice que j’ai souhaité faire dans un contexte où les victimes sont la plupart du temps condamnées au silence, et où trop souvent les violeurs ne sont punis que par quelques mois de prison… 

Si la force intérieure et la foi en elle-même a permis à Ales de survivre toutes ces années, ce n’est que la justice rendue à cet homme qui la conduit à sa propre rédemption.  

Que pensez-vous de la 7ème édition du Festival d’Oujda ? 

Suite à un prix lors du Festival National de Tanger, je suis très heureux de la sélection de mon film à ce Festival dédié au cinéma du Nord de l’Afrique, et d’être présent à Oujda capitale de la culture Arabe pour 2018. 

Pour le film, c’est une belle opportunité que d’être en sélection avec des films de qualité d’autres pays du Maghreb, avant de partir en sélection en Europe et d’autres continents. Personnellement, c’est toujours un tel enrichissement de pouvoir partager avec les autres réalisateurs présents. J’ai hâte de découvrir les films de la programmation. 

Par ailleurs, je tiens à remercier l’équipe du Festival pour l’organisation exemplaire et l’effort fait dans l’accueil des équipes des films sélectionnés. 

Le thème de cette édition est « le cinéma est le langage du monde ». Jusqu’à quel point le cinéma pourra être l’union du monde ? 

Autodidacte, je me suis lancé dans ce parcours dans le but de faire un cinéma humain parce que je suis persuadé que ce qui nous uni et nous désuni est finalement universel. 

Je crois que c’est tout à fait ce que j’ai essayé de faire avec « Ales », en partageant une souffrance qui touche des millions de femmes et enfants dans le monde. Ce que vit cette petite fille qui deviendra femme, pourrait être transposé n’importe où ailleurs. 

L’important c’est le message de ce film, qui j’espère contribuera à son échelle à une prise de conscience collective, et à unir justement les êtres humains contre la souffrance qu’ils s’infligent entre eux et à eux-mêmes. 

Le cinéma passe justement des messages. Est-ce que le cinéma arabe est arrivé à un certain niveau qui lui permette de passer des messages comme la tolérance, l’amour, le respect, etc. ? 

Même si je suis d’origine arabe et amazigh, et que mes personnages parlent l’arabe marocain dans ce film, j’ai de la difficulté à considérer mon travail comme appartement à un cinéma « arabe ». 

S’il existe forcément des expressions cinématographiques propres à chaque pays, c’est une proposition cinématographique d’abord humaine que je tente de porter, et qui je l’espère sera reçue comme telle. 

C’est d’ailleurs pour cela que j’ai hâte que mon film soit en compétition avec des films d’autres continents dans les prochains festivals où il est attendu.

Mon projet de devenir cinéaste a été guidé à la fois par une soif d’expression et de liberté après 10 ans passé à l’armée, et un besoin de faire passer des messages. Sur ce second point, je prends petit à petit conscience de la responsabilité qui m’incombe dans mon pays et au-delà. 

Même si nous avons la chance au Maroc de pouvoir exprimer ce que l’on souhaite à travers l’image, il faudra encore du temps afin que le spectateur soit prêt à tout regarder sans gêne et sans tabou. Mais je crois au pouvoir éducateur du cinéma.  

Pensez-vous que le film va gagner le grand prix ? 

Personnellement, je crois profondément que mon destin est déjà écrit quelque part, et donc que celui de mon film également. Tout ce dont je suis sûr, c’est de la passion que j’ai mis à le réaliser, et l’énergie de cette fabuleuse équipe qui m’a accompagné. La reconnaissance que signifie la présence du film dans ce Festival est déjà une victoire. 

Ce qui compte plus que tout pour moi est que cette trajectoire de femme soit partagée avec le public qui la visionneront, et que cela ait un impact. Si en plus le jury, que je vois cette année composé de femmes admirables, est lui aussi sensible à cette histoire, alors ce sera bien sûr une double victoire !

 

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